Interview : Sathinée ou l’artisanat cambodgien à Chambéry

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Après des études en génie civil, rien ne prédestinait Sanith Nhem, alias Sathinée, à se lancer dans la création. Et pourtant, en 2006, elle est envoyée au Cambodge, son pays d’origine, pour une mission qui durera trois ans. C’est la révélation : elle peut créer, elle sait créer, c’est un don inné. « Je suis tombée amoureuse du tissu et du fait-main« , nous raconte-t-elle. « J’ai appris en autodidacte. »

Quand elle rentre en France, elle commence à créer des vêtements pour elle. « On est tous différents, on aime des couleurs différentes. J’ai une petite taille et j’ai du mal à trouver des vêtements chics. J’ai commencé à faire des vêtements pour moi et mes copines me disaient : « J’aimerais avoir le même ! », et c’est comme ça que j’ai commencé à faire du sur-mesure. »

Mise en valeur des tissus et récupération

Ses créations ont toutes en commun des tissus extraordinaires, ramenés de ses voyages au Cambodge. « Promouvoir le tissu, c’est l’idée. », explique Sanith. « Comme le tissu est unique, je ne vais pas faire une série. », souligne-t-elle. « Je récupère, l’idée c’est de ne rien jeter. Rien ne se perd. Du coup, j’ai plein de chutes et j’ai envie de partager ça avec d’autres créateurs. Avec les gens qui font des meubles en carton ? »

Cette démarche de récupération se retrouve dans les ateliers qu’elle organise autour de la transformation de vieux jeans. « Moi, je mets que des jeans », déclare Sanith. « Quand il est abîmé, au lieu de le jeter, tu peux le customiser ! ». Au cours des ateliers, chacun(e) arrive donc avec son vieux jean, choisit un tissu et repart avec sa propre création. Une excellente façon de leur donner une seconde vie.

boucles

C’est d’ailleurs dans cette optique de revalorisation qu’elle a commencé à créer des accessoires : boucles d’oreilles et patchworks proviennent de chutes de tissus assemblées. Et cet été, c’est sur un autre terrain qu’elle a expérimenté : la robe de mariée. « Pour elle, c’est un jour exceptionnel. », soupire Sanith. « Elle avait une idée en tête et personne ne voulait lui faire cette robe ! C’est elle qui est allée chercher le tissu, et c’est moi qui ai fait la robe. »

fleur

Il arrive parfois que ses clientes viennent lui confier des tissus qu’elles ont déjà. « Il y a une dame qui est venue avec un tissu qu’elle avait acheté au Laos. Elle l’a trouvé en voyage, elle l’a gardé dans son placard et elle ne savait plus quoi en faire. » Cette démarche de co-création, cela suppose un mode de consommation très différent. « Il faut changer les habitudes des gens », analyse Sanith. « Il faut leur tenir la main, regarder, parler de la créatrice. » Elle prend l’exemple de sa ceinture-fleur, article fétiche de l’année. Pensée comme une ceinture, elle s’aperçoit rapidement que certaines de ses clientes l’utilisent comme collier, d’autres comme bracelet, certaines comme bandeau… «  Les gens ont plein d’idées pour se réapproprier les objets. », sourit-elle. A côté de son caoutchouc Géraldine, on remarque d’ailleurs un mannequin qu’elle a récupéré à la poubelle et réparé avec des chutes de tissu.

Tissus traditionnels au Cambodge

C’est au Cambodge qu’elle a découvert le batik indonésien, tissu fleuri et coloré. « Tu connais la technique du batik ? », me demande-t-elle. Penaude, je secoue la tête. « C’est du coton imprimé, les dessins sont tamponnés et on utilise de la cire dorée pour ne pas mélanger les couleurs », m’explique-t-elle. « Le batik cambodgien est différent du batik indonésien et du batik africain. »

batik

L’artisanat cambodgien produit notamment des soies lisses et des tissages. Les tissus sont colorés avec des matières naturelles. « La couleur rouge est obtenue avec du mangoustan », décrit Sanith. « Pour une couleur sable, on mélange de la terre avec des fibres de coco. »

Cet artisanat a cependant beaucoup souffert sous le régime des Khmers rouges. « C’est différent de la Thaïlande et de l’Indonésie, qui n’ont pas connu la guerre civile. », commente Sanith. « Au Cambodge, il leur manque des images. » Les traditions artisanales sont en effet beaucoup mieux préservées dans les pays voisins. « Il y a une diaspora cambodgienne, qui essaye maintenant de comprendre l’artisanat détruit par les Khmers rouges », conclut-elle.

Tricot et crochet

sathinée crochetEn France, une forme de déperdition des savoirs ancestraux a également eu lieu. « Avant, c’étaient les femmes qui faisaient tout », relate Sanith. « Mais le prêt-à-porter est arrivé, et on a perdu tout ça. » Pour sa part, elle tricote et fait du crochet depuis qu’elle a huit ans. « Je fais de la laine bouillie avec du crochet », explique-t-elle. « J’utilise le crochet pour la finition. »

Où trouver Sathinée ?

Côté distribution, Sanith a fait beaucoup de salons et de marchés, qui ont contribué à la faire connaître mais dans lesquels elle ne se sentait pas forcément à sa place du fait du caractère artisanal de son activité. Cependant, vous la trouverez quand même au Marché des Cordeliers à Annecy. Elle organise également des ventes privées à domicile.

Pour vous tenir au courant de son actualité, consultez son site internet. Vous pouvez également la suivre sur Facebook.

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2 Thoughts on “Interview : Sathinée ou l’artisanat cambodgien à Chambéry

  1. Bonjour Filarmonie,
    Je suis allée voir votre site et la laine me plait bien.
    Merci pour vos compliments.
    Le savoir faire et le fait main c’est la base.
    Faire les choses avec passion c’est le secret ^_^!

  2. Je découvre l’univers de Sathinée qui a un coté délicieusement dépaysant, j’adore certaine de ses créations ;)

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